Introduction

Le fardeau croissant des maladies cardiovasculaires et des accidents vasculaires cérébraux au Canada, 2003 est la sixième édition de notre publication biennale sur les maladies cardiovasculaires au Canada.  Il s’inscrit dans la lignée du rapport précédent, intitulé Le nouveau visage des maladies cardiovasculaires et des accidents vasculaires cérébraux au Canada, 2000, qui était axé sur le profil défavorable des déterminants des maladies cardiovasculaires dans la population vieillissante et sur les modes de vie malsains adoptés par les jeunes Canadiens, les immigrants et les Autochtones.  Dans ce rapport, nous évoquons la charge sans cesse croissante que ces maladies font peser sur notre société, tant sur le plan économique qu’en matière de qualité de vie.  Puisque l’on s’attend à ce que le nombre de cas de maladies cardiovasculaires augmente au cours des 20 prochaines années, ce fardeau devrait continuer de s’alourdir.

Ce fardeau croissant sera en grande partie le résultat du vieillissement de la population canadienne.  Entre 1991 et 2001, le nombre de personnes âgées de 80 ans et plus a en effet augmenté de 41 % pour s’établir à 932 000 personnes, et l’on s’attend à une augmentation supplémentaire de 43 % entre 2001 et 2011.  D’ici là, ce groupe d’âge comptera plus de 1,3 million de personnes, selon les estimations.  La population âgée entre 45 et 64 ans a augmenté de 36 % entre 1991 et 2001, avec l’entrée des « baby-boomers » dans ce groupe d’âge.  Selon le recensement de 2001, les personnes âgées de 65 ans et plus représentaient 13 % de la population canadienne en 2001, contre près de 12 % en 1991.  Cette proportion devrait passer à 15 % en 2011 et dépasser légèrement les 20 % d’ici 2025.

Des répercussions défavorables différées contribueront également à alourdir ce fardeau.  Les maladies cardiovasculaires guérissent rarement, et les traitements médicaux et chirurgicaux se bornent pour la plupart à procurer un soulagement temporaire.  Comme la maladie sous‑jacente ne cesse de progresser, des événements indésirables continuent de se produire, alourdissant d’autant la charge correspondante.

Le fardeau croissant des maladies cardiovasculaires reste une conséquence d’un certain nombre de choix de vie parmi lesquels figurent le tabagisme, la suralimentation et la sédentarité.  Les personnes issues de milieux socioéconomiques défavorisés, en particulier, affichent une plus forte prévalence en ce qui a trait aux principaux facteurs de risque.  Sensibiliser ces populations et les autres populations à haut risque reste un objectif difficile à atteindre, même si les données démontrent que l’écart entre les couches socioéconomiques élevées et inférieures en matière de facteurs de risque tend à se resserrer.

Bien que certains progrès aient été accomplis, il reste encore beaucoup à faire en matière de prévention.  La population canadienne, dans une proportion de 80 %, présente au moins un facteur de risque contrôlable de maladies cardiovasculaires; près du tiers cumule deux facteurs de risque; alors que 11 % en cumule trois ou plus.  La prévalence de certains facteurs de risque, comme l’embonpoint chez les hommes, le diabète et l’hypertension artérielle, ne cesse d’augmenter.  L’augmentation quasi épidémique de l’obésité chez les adolescents et la diminution de l’activité physique en témoignent.  Même la diminution de l’activité parmi les personnes âgées ne devrait pas être acceptée comme une conséquence normale du vieillissement.  Des milliards de dollars sont consacrés au traitement des maladies cardiovasculaires.  Une plus forte proportion des investissements en santé cardiovasculaire doit être consacrée à la prévention, et il faut accroître le financement de ce volet.  Modifier l’orientation générale des soins en misant sur la prévention constitue un défi redoutable, d’autant plus redoutable qu’il va exacerber la concurrence face à des ressources déjà fort limitées.  Il importe cependant d’équilibrer les besoins et les intérêts des professionnels de la santé et des patients ainsi que ceux des programmes de prévention.

Le fait d’envisager isolément les maladies cardiovasculaires a pour conséquence d’occulter l’importance des conséquences que des habitudes de vie liées aux cardiopathies peuvent avoir sur d’autres importantes maladies non transmissibles.  Le tableau I-1 précise la contribution des facteurs de risque contrôlables de maladies cardiovasculaires à trois autres maladies non transmissibles importantes, en l’occurrence le diabète, le cancer et les maladies pulmonaires obstructives chroniques.  Le regroupement des ressources et la coordination des stratégies à l’échelle locale, provinciale, nationale et mondiale peuvent permettre des interventions communes en matière de prévention pour alléger le fardeau que diverses maladies non transmissibles font peser sur nos sociétés.  En outre, l’obtention de données fiables et rapides peut servir de base à des interventions appropriées en matière de politiques pour seconder la prévention à la fois primaire et secondaire.

 Table I - 1

Tableau I‑1     Les huit principaux facteurs de risque modifiables des maladies cardiovasculaires et d’autres importantes maladies non transmissibles

Maladie

 

 

Facteur de risque

Maladies
cardiovasculaires*

Diabète

Cancer

Maladie pulmonaire obstructive chronique

Tabagisme

Ö

Ö

Ö

Ö

Alcool

Ö

 

Ö

 

Sédentarité

Ö

Ö

Ö

 

Nutrition

Ö

Ö

Ö

 

Obésité

Ö

Ö

Ö

Ö

Hypertension artérielle

Ö

Ö

 

 

Gras alimentaires/
lipides sanguins

Ö

Ö

Ö

 

Glucose sanguin

Ö

Ö

Ö

 

* Incluant les maladies du cœur, l’AVC et l’hypertension

Source : Organisation mondiale de la Santé

 

 

Même si ce document est essentiellement axé sur la prévention, nous reconnaissons l’importance des traitements médicaux et chirurgicaux dans la prise en charge des maladies cardiovasculaires.  L’investissement dans la recherche sur de nouveaux agents pharmacologiques et des techniques chirurgicales novatrices commence à porter fruit puisque l’on observe une amélioration des taux de survie et de la qualité de vie des patients.  Comprendre le rôle que jouent certains gènes peut nous aider à cibler les interventions, et faire renaître l’espoir de traitements et d’initiatives de prévention plus efficaces.  De même, l’expérimentation de nouvelles stratégies pour motiver des changements de comportement, comme le renoncement au tabac ou l’adoption d’un mode de vie beaucoup plus actif, devrait déboucher sur des interventions de prévention primaire et secondaire plus larges.  L’espoir que fait naître l’avenir n’efface pas pour autant les échecs d’hier ni leurs conséquences actuelles.  Les traitements chirurgicaux et médicaux offerts en milieu hospitalier et à l’extérieur, les soins de réadaptation et les soins à domicile coûtent cher et ont pour effet d’alourdir le fardeau économique des maladies.

Une fois de plus, Le fardeau croissant des maladies cardiovasculaires et des accidents vasculaires cérébraux au Canada, 2003 est le fruit d’une collaboration entre la Fondation des maladies du cœur du Canada, le Centre de prévention et de contrôle des maladies chroniques (Santé Canada) et la Société canadienne de cardiologie.  Nous désirons remercier nos partenaires clés, Statistique Canada et l’Institut canadien d’information sur la santé, qui nous ont fourni les données et l’analyse des données nécessaires à cette publication. Veuillez prendre note que les sections « Mesures à envisager » qui apparaissent à la fin de chaque chapitre ne représentent pas l’opinion de Statistique Canada ni celle de l’Institut canadien d’information sur la santé. Nous sommes reconnaissants également envers l’Institute for Clinical Evaluative Sciences pour sa collaboration.  Tous les renseignements contenus dans cette publication, y compris les tableaux et figures, sont accessibles sur Internet en anglais et en français à l’adresse www.fmcoeur.ca/fardeaucroissant

Vos commentaires sur ce rapport, le plus récent d’une série dressant le bilan des maladies cardiovasculaires au Canada, sont les bienvenus.  Nous avons tenté de donner suite aux suggestions des personnes qui ont répondu au questionnaire annexé au rapport précédent.  Comme par le passé, cette publication entend non seulement présenter les meilleures données disponibles, mais proposer aussi un certain nombre d’initiatives.  À l’heure où les Canadiens soumettent leur système de soins de santé à un examen rigoureux et tentent de statuer sur son avenir, la demande d’information sur la santé augmente.  De fait, ce processus permet de souligner l’importance de la surveillance.  Le public, les professionnels de la santé et les décideurs ont besoin de savoir; tous conviennent de la nécessité d’obtenir des données précises, pertinentes et rapides.  L’étude des données qui figurent dans ce rapport révèle aussi les lacunes dans nos connaissances et soulève de nouvelles interrogations.  Prévoir et suivre les changements et en surveiller dans un même temps l’évolution font partie intégrante de la santé du coeur pour tous.  Nous nous proposons d’investir dans un système de surveillance coordonné qui répondra aux besoins en matière d’information sur les maladies cardiovasculaires mais aussi sur toutes les maladies non transmissibles et enjoignons les principaux intervenants à nous emboîter le pas.

 

Andreas Wielgosz, réviseur scientifique